Le bien-être sur le lieu de travail des praticiens ESU
Les praticiens et praticiennes de l'éducation en situations d'urgence (ESU) travaillent directement ou indirectement dans certains des environnements les plus difficiles que l'on puisse imaginer. Qu'il s'agisse de catastrophes naturelles, de conflits ou de déplacements de population, les professionnels de l’ESU sont en première ligne pour veiller à ce que les enfants et les jeunes continuent à recevoir une éducation en temps de crise, ce qui est plus important que jamais et continue d'être une intervention humanitaire essentielle, qui permet de sauver des vies et d'assurer la survie des populations.
Bien que ce travail soit incroyablement gratifiant et épanouissant, il s'accompagne pour beaucoup d'entre nous d'un niveau de stress élevé et d'exigences émotionnelles accrues. Il est donc essentiel que les personnes travaillant dans ce secteur accordent la priorité au bien-être sur leur lieu de travail.
Le mois dernier, le 10 octobre a marqué la Journée mondiale de la santé mentale. En accord avec le thème de 2024 de l'Organisation mondiale de la santé, « Il est temps de donner la priorité à la santé mentale sur le lieu de travail », nous réfléchissons à la manière dont nous pouvons donner la priorité et soutenir le bien-être et la santé mentale des praticiens et praticiennes de l’ESU.
Pourquoi le bien-être compte
La nature de notre travail dans le secteur humanitaire nous place souvent face à certaines des situations les plus difficiles au monde, ce qui peut nuire à notre bien-être. Voici quelques-uns des défis spécifiques auxquels nous sommes confrontés en tant que praticiens et praticiennes de l’ESU :
- La tension émotionnelle : soutenir les enfants et les communautés qui souffrent de traumatismes, de pertes et d'incertitudes peut exposer les praticiens à des traumatismes secondaires.
- Environnements très stressants : travailler dans des délais serrés, avec des ressources limitées et dans des conditions instables peut être émotionnellement épuisant et générateur de stress.
- Le risque d'épuisement professionnel : la pression constante exercée par la fourniture de services essentiels peut entraîner un épuisement physique et émotionnel.
- Travail éloigné et isolé : les professionnels de l’ESU travaillent souvent dans des environnements éloignés ou isolés, sans accès immédiat à un soutien par les pairs ou à des services de santé mentale. Cette situation peut renforcer les sentiments d'isolement et d'impuissance.
Ces facteurs et d'autres encore peuvent affecter la santé mentale et le bien-être général des praticiens, ainsi que la qualité des services qu’ils et elles fournissent.
C'est pourquoi il est plus important que jamais de donner la priorité au bien-être sur le lieu de travail. Promouvoir la santé mentale et le bien-être ne consiste pas seulement à prévenir l'épuisement professionnel, mais aussi à créer des environnements dans lesquels les professionnels de l'éducation et de la formation peuvent s'épanouir et progresser dans leurs compétences et leurs fonctions.
En se concentrant intentionnellement sur le bien-être et la santé mentale, les praticiens et praticiennes peuvent :
- Renforcer la résilience : doter les individus d'outils et de stratégies leur permettant de faire face au stress, de rester adaptables et de se remettre rapidement des difficultés rencontrées.
- Améliorer la satisfaction au travail : un environnement de travail favorable peut conduire à une plus grande satisfaction au travail, à la fidélisation et à l'efficacité globale.
- Maintenir l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée : encourager les pauses, les horaires de travail flexibles et les soins personnels peut améliorer à la fois la productivité et le bien-être personnel.
- Favoriser le soutien des pairs : la création de réseaux de soutien par les pairs permet aux praticiens de partager leurs expériences et d'offrir et de recevoir des conseils et un soutien émotionnel.
Stratégies pour soutenir le bien-être
Voici quelques stratégies pratiques pour soutenir le bien-être tant au niveau individuel que organisationnel :
- Prendre soin de soi et gérer le stress : il est essentiel d'encourager des pratiques régulières pour prendre soin de soi. Il s'agit par exemple de maintenir des limites saines, de faire de l'activité physique, de pratiquer la pleine conscience et de trouver du temps pour des loisirs personnels en dehors du travail.
- Créer une culture organisationnelle favorable : les organisations peuvent jouer un rôle essentiel dans le soutien au bien-être de leur personnel. Créer une culture qui donne la priorité à la santé mentale peut impliquer de donner accès à des services de conseil, de proposer un développement professionnel en matière de gestion du stress et de normaliser les conversations ouvertes sur la santé mentale.
- Réseaux de soutien par les pairs : la mise en place de réseaux de soutien par les pairs est un moyen efficace de permettre aux praticiens d'entrer en contact, de partager leurs expériences et de se soutenir mutuellement sur le plan émotionnel. Ces réseaux peuvent réduire le sentiment d'isolement et offrir aux praticiens un espace sûr pour discuter de leurs difficultés.
- Partage des capacités en matière de résilience et de santé mentale : proposer une formation sur la résilience, la gestion du stress et les stratégies d'adaptation peut permettre aux professionnels de l'ESU de gérer les exigences émotionnelles et psychologiques de leur rôle. Cette formation doit être adaptée aux défis spécifiques des situations de crise.
- Offrir des conditions de travail flexibles : dans la mesure du possible, les entreprises devraient offrir des conditions de travail flexibles, permettant des pauses, des congés et des options de travail à distance afin de réduire le stress et de prévenir l'épuisement professionnel.
L’action collective pour un impact
Si les efforts individuels pour promouvoir le bien-être sont importants, l'action collective est essentielle pour favoriser un environnement favorable à tous les praticiens et praticiennes de l’ESU. Le renforcement de la collaboration au sein du secteur peut conduire à la création de ressources, de boîtes à outils et de politiques conçues pour promouvoir la santé mentale et le bien-être. En travaillant ensemble, les organisations peuvent partager les meilleures pratiques et s'assurer que le soutien à la santé mentale est intégré à tous les niveaux de la programmation de l’ESU.
À l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale et de l'importance de la santé mentale sur le lieu de travail, le secteur de l'éducation et de la formation doit prendre des mesures proactives pour soutenir le bien-être de ses praticiens et praticiennes. En promouvant une culture de l'attention, en donnant accès aux ressources en matière de santé mentale et en favorisant la résilience, nous pouvons faire en sorte que ceux qui travaillent en première ligne de la crise soient non seulement capables de faire face à la situation, mais aussi de s'épanouir dans leur rôle.
Donner la priorité à la santé mentale sur le lieu de travail est bénéfique pour tout le monde. Elle permet aux praticiens et praticiennes de donner le meilleur d’eux et elles-mêmes dans le travail critique d'éducation des enfants et des jeunes en situations de crise, ce qui conduit en fin de compte à des programmes d’ESU plus efficaces et plus durables.
En l'honneur de la Journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre, le Groupe de Travail sur le SPS-ASE de l’INEE a organisé un webinaire spécial consacré au bien-être des praticiens de l'éducation en situations d’urgence. Ce webinaire s'est concentré sur des stratégies et des outils pratiques pour promouvoir la résilience, la santé mentale et le bien-être général sur le lieu de travail. Regardez l'enregistrement de l'événement ici (en anglais).
Esther Mbau est coordinatrice de la thématique sur le soutien psychosocial et de l'apprentissage socio-émotionnel (SPS-ASE) au sein du Réseau Inter-agences pour l’Éducation en Situations d’Urgence (INEE). Basée à Nairobi, au Kenya, elle travaille depuis plus d'un an au sein du Secrétariat de l'INEE, où elle s'efforce d'améliorer la santé mentale et le soutien psychosocial dans les établissements d'enseignement. Forte d'une grande expérience en matière de SPS-ASE, Esther collabore avec des partenaires du monde entier pour renforcer les politiques, les ressources et les interventions qui soutiennent le bien-être et le développement socio-émotionnel des enfants et des jeunes dans les zones touchées par une situation de crise. Son travail est essentiel pour faire avancer la mission de l'INEE qui est de fournir une éducation inclusive de qualité dans les situations d'urgence et les contextes fragiles.



