Continuons d'apprendre ensemble

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Topic(s):
Coronavirus (COVID-19)
Santé mentale et Soutien psycho-social
Apprentissage à distance
Français

Emeline Marchois, Facilitatrice de la communauté de langue française de l'INEE, partage ce billet de blog en tant que spécialiste en éducation en situations d'urgence, mais aussi enseignante et parent d'enfant scolarisé à la maison. Elle aborde la continuité pédagogique et propose des stratégies et ressources pour continuer d'apprendre ensemble durant COVID-19, en France et ailleurs.

 

Pour les générations actuellement scolarisées en France, il s’agit d’un événement unique, et sans précédent, son ampleur mondiale reste encore inconnue. Je pense au personnel éducatif et aux parents qui font face à une telle crise pour la première fois, et à ceux qui voient cette crise d’une toute autre perspective, car ils sont déjà dans une situation fragile, victimes d’attaques, de crises sanitaires, de catastrophes naturelles et de conflits. La fermeture des écoles au niveau national (en France) depuis le 15 mars 2020 est arrivée comme un choc et sans préparation. Il a fallu improviser face à l’urgence du moment. La notion d’urgence[1], alors mal comprise, ou l’idée qu’un événement venant perturber le bon fonctionnement de la société et du système était tellement nouvelle qu’elle a été rejetée, prise à la légère, négligée, incomprise. Ses moyens de réponse et efforts, tels que le dispositif de continuité pédagogique ont été durement critiqués. Cette urgence, qui est venue perturber le bon déroulement du quotidien du pays dans son intégralité a été accueillie avec peu d’indulgence. Un manque d’indulgence des parents envers eux-mêmes, des parents envers les enfants, des parents envers les enseignants, et vice-versa, des enseignants envers eux-mêmes , envers les enfants et envers les parents. Et parmi ces groupes de la population, les enseignants devant répondre à leurs obligations professionnelles tout en ayant leurs propres enfants à la maison, ont dû mener de front autant de tâches professionnelles que personnelles et se sont retrouvés surchargés voire sur le point de saturation.

Ce billet de blog est là pour vous rassurer, si vous me lisez depuis la France ou toute autre région du monde malheureusement touchée par le COVID-19. Cette réaction est normale et va évoluer, en effet,  La note d’orientation de l’INEE sur le soutien psycho-social nous indique que : « Le maintien des activités scolaires ou l’établissement d’espaces d’apprentissage alternatifs pendant et après une crise peut assurer un environnement sûr pour les jeunes et les enfants ainsi que leur famille, mais peut s’avérer extrêmement difficile. [2]» La mise en place d'une solution alternative à l'éducation comme la continuité pédagogique n'est pas simple et nous ne pouvons pas en maîtriser tous les outils technologiques ou savoir comment gérer raisonnablement ses contenus pédagogiques sans voir les élèves. Il est compliqué de prendre en compte toutes les différences de niveaux, les besoins particuliers des élèves surtout quand aucun contact est autorisé et que cette continuité est principalement basée sur du virtuel et que certains foyers n'ont pas d'équipements.  Il s'agit bien de nouvelles compétences pour certains de nous, soyez sûrs que petit à petit vous saurez mieux maitriser ces outils, vous trouverez d'autres alternatives. Ces efforts d'adaptation de votre part apporteront de grands bénéfices au niveau psycho-social de la communauté, l'important étant de pouvoir répondre à un maximum d'apprenants.

J'ai également observé que devant tant de frustrations et d’incertitudes, nous nous sommes convertis en victimes d’un système défaillant avec pour bourreau, selon notre place, les parents ou les enseignants. Rejetant la faute ou l'inefficacité les uns sur les autres. De cette position de victime, et devant un évènement inconnu, il est réconfortant de rejeter la réalité de la crise et d’identifier un « coupable » à nos maux comme exutoire de notre colère. Cependant trouver un coupable reste peu constructif et rester dans le déni de la situation peu formateur. Cette réflexion nous amène au point suivant, un point très délicat, mais que je voulais souligner, de façon encore à vous tranquilliser.

C’est un fait, dans l’urgence nous sommes confrontés à des pertes, de la plus simple à la plus complexe, ici on peut penser à la perte de notre routine, à la perte de notre liberté de mouvement, la perte d’un travail ou de revenus, à la perte de notre santé et la perte humaine. Ces pertes, nous devons faire avec, les accepter, mais avant cela, s’ouvrent à nous d’autres étapes selon Elizabeth Kubler-Ross (1969) les étapes du deuil :  la négation, la colère, la négociation, la dépression. Si les premières semaines vous ont semblées très difficiles, et elles l'étaient, dites-vous que vous avez avancé de deux étapes en une (la négation et la colère), que cette semaine et dans celles à venir, vous allez continuer à ressentir un mal être tout en vous adaptant mieux à votre nouvelle routine (la négociation).  Je ne peux hélas pas vous indiquer la marche à suivre parfaite pour la douloureuse étape de la dépression, mais je suis certaine d’une chose, en étant conscients de cette nouvelle étape, en étant plus indulgents, en cherchant des modes de soutien, vous vous en sortirez et accepterez votre nouvelle « normalité » et serez plus sereins.

La note d’orientation de l’INEE sur le soutien psycho-social fait référence au Manuel du Projet Sphere pour définir ce que vous êtes en train de développer, il s'agit de la résilience: «  La résilience dépend des mécanismes d’adaptation et des compétences de vie telles que la résolution de problèmes, la capacité à chercher du soutien, la motivation, l’optimisme, la foi, la persévérance et la débrouillardise (The Sphere Project, 2017).[3] C’est cela qui m'a motivée à écrire ce blog, pour vous soutenir, vous accompagner et vous dire que la communauté de langue française de l’INEE est là pour vous apporter le maximum de soutien lors de cette crise sanitaire qui a tant de répercussions sur vos vies et votre travail. Je vous invite à prendre connaissances de notre collection de ressources liées au COVID-19 et à l’éducation et à contacter la communauté de langue française pour toute question, inquiétude, témoignage, et si vous avez des ressources ou bonnes pratiques de les partager avec nous.

Pour terminer ce blog, j'ajoute qu'en action humanitaire, la notion de « NE PAS NUIRE »[4] est omniprésente et cruciale. Dans ce contexte, il est bon d’appliquer cette notion au quotidien, ne pas vous nuire, de ne pas nuire à vos enfants/élèves, pour cela vous pouvez développer vos propres stratégies et vous appuyez sur les suivantes, qui émanent de la note d’orientation de l’INEE sur le soutien psychosocial et apprentissage émotionnel.

  • Soulignez les forces de chacun et les vôtres, oui, ce que vous faites est particulièrement positif, félicitez-vous et les autres de pouvoir continuer vos activités malgré la situation;
  • Parlez, gardez contact avec vos collègues ou chercher un réseau pour vous aider, vous soutenir et avec lequel échanger des bonnes pratiques, contactez-nous à [email protected]
  • Soyez indulgent envers vous-mêmes et les autres (simplifiez vos attentes en termes de résultats d'apprentissage, et donnez vous le moins de travail supplémentaire possible)
  • Accueillez les erreurs, les petits couacs, améliorez-les sans pression, ce n'est pas facile de fonctionner comme d'habitude vue la situation; 
  • Communiquer sans violence et sereinement; 
  • Encouragez les activités favorisant l’expression de soi afin d’avoir pour exutoire une activité et non une personne.

Ayez confiance que ces stratégies fonctionneront sur le long terme, comme en témoigne cette citation de la Note d’orientation :

"En mettant en place quelques activités simples de SPS et d’ASE et en faisant quelques changements dans la façon dont les enseignants interagissent avec les élèves, on peut améliorer la capacité de chaque jeune personne à faire face à la crise, à s’en remettre et à s’épanouir."[5]

Restez activement en contact avec notre communauté et suivez les annonces sur les wébinaires à venir qui porteront sur notre collection de ressources et sur le soutien psycho-social aux professionnels de l’éducation en situations d’urgence.

Si vous êtes anglophone, vous pouvez les retrouver sur cette page.

Dans son message aux membres du réseau, l'INEE ajoutait que "L'école s'arrête, mais l'apprentissage ne doit pas s'arrêter", alors continuons ensemble, peu importe où nous sommes, comment nous le faisons (nous le faisons de notre mieux, c'est certain!!) et qui nous sommes, enseignants, parents, élèves, nous apprenons ensemble comment faire face à cette crise.

 

 

[1] Définition d’urgence selon Report of the Committee on the Rights of the Child on its General Discussion on the Right of the Child to Education in Emergencies Situation :  « toutes situations dans lesquelles des désastres naturels ou provoqués par l’homme détruisent, sur une courte période, les conditions de vie habituelles, les établissements scolaires et les structures de garde pour les enfants et  de ce fait perturbent, ne permettent pas, gênent les progrès ou retardent la mise en œuvre du droit à l’éducation. »

[2] Note d’orientation de l’INEE sur le soutien psychosocial et l’apprentissage émotionnel, page 11, 2019

[3] Note d’orientation de l’INEE sur le soutien psychosocial et l’apprentissage émotionnel, page 16, 2019

[4] de l’anglais “Do no Harm”, ne pas nuire, principe tiré du livre Do No Harm: How Can Aid Support Peace or War de Mary  Anderson, 1999

[5] Note d’orientation de l’INEE sur le SPS-SEL, page 72, 2019