Concours de rédaction de l’INEE sur l’éducation en situations d’urgence

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Thème(s):
Adolescents et jeunes
Déplacement forcé
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Brightest HopeLe concours de rédaction qui faisait partie de la célébration des 10 ans des Normes minimales, à la fin de 2014 avait pour but de partager les connaissances et de sensibiliser plus amplement sur le thème de l’éducation en situations d’urgence. Ce fut également l’occasion de donner la parole aux gens partout dans le monde pour qu’ils partagent leurs idées et pensées sur ce que l’éducation en temps de crise signifie pour eux.  

L’INEE a reçu 772 rédactions, en anglais, arabe, espagnol et français, venant de 52 pays différents! Les rédactions ont été jugées anonymement par catégories d’âge dans toutes les langues, en se basant sur la pertinence avec le thème de l’éducation en situations d’urgence, la clareté, la créativité, l’innovation, l’organisation, la cohérence et l’impact sur le lecteur.

Un grand nombre de rédactions fut identifier comme étant de très haut niveau et seulement certaines ont été séléctionnées pour l’édition spéciale d’un livret (un recueil), Le plus brillant des espoirs: Rédactions du monde entier sur l’importance de l’éducation en temps de crise.

En plus du recueil de rédactions du livret, trois rédactions ont brillé de par leur excellence, elles sont ci-dessous. Félicitations aux gagnantes! Merci à toutes celles et ceux qui ont participé et partagé leur histoire!

Nous souhaitons remercier WarChild Holland pour les prix qui ont été remis aux gagnantes.

Annonce des vainqueurs du Concours de rédactions de l’INEE 2014!

Catégorie d’âge: 6-12 ans
Mehreen Mirza, âge 12, Bangladesh

Mehreen est en 6ème. Ses loisirs incluent le scrapbooking et la lecture d’ histoires fantastiques. Quand elle sera grande, elle veut travailler pour une organisation et rédiger des articles pour sensibiliser les gens aux Droits de l’Homme.

La vie peut être courte, la vie peut être longue. La vie est toujours précieuse. La valeur de la vie est réduite lorsque certains besoins ne sont pas assouvis. Des besoins comme l’éducation, la base pour un futur solide. Etre analphabète est comme être aveugle. C’est ce que j’ai ressenti lorsque mon droit à l’éducation m’a été retiré pendant un moment.

Durant ces dernières années, j’ai manqué beaucoup de jours d’école à cause des troubles politiques. Mon apprentissage a beaucoup été ralenti. Mon collège était fermé à l’exception de quelques weekends et mon cursus scolaire est resté incomplet. Les plus grands, eux ont pu communiqué en ligne, chose que mes camarades de classe et moi même ne pouvions pas faire. Sans enseignement, je me suis sentie agitée et handicapée.

Je voudrais dire à toutes celles et ceux qui sont dans une situation similaire, de combler leur soif de savoir. Quand votre droit à l’éducation vous est retiré, la curiosité et la soif d’apprendre peuvent atteindre un niveau intolérable. Je suis reconnaissante envers celles et ceux qui apportent un enseignement dans de tels moments.


Catégorie d’âge: 13-17 ans
Ayesha Saleem, âge 14, Pakistan

Ayesha est en 4ème. Elle aime lire des romans, surtout des histoires d’épouvante. Elle aime jouer aux jeux vidéos sur son ordinateur portable, regarder la tv, étudier, rencontrer des gens et se faire des amis. Quand elle sera grande, elle veut être docteur.

La plus chanceuse des survivantes

Je me suis réveillée alors que les rayons du soleil étincellant tombaient sur mon visage. C’était mon premier jour d’école et mon enthousiasme était au maximum. Comme tout enfant de famille pauvre, l’école représentait une autre forme d’attraction à mes yeux, mais jamais je n’aurais pensé que mon vif désir d’apprendre serait de si courte durée et qu’il tournerait à la tragédie.     

Je me suis habillée rapidement, j’ai englouti mon petit déjeuner et je suis partie à l’école. Je volais presque vers l’école. La peur de tomber n’éxistait pas. Ce qui comptait pour moi, c’était apprendre, c’était mon école. J’étais l’une des premières à arriver à l’école. Après quelques brèves instructions, le professeur commença la leçon. Je me suis assise derrière ma meilleure amie. Mon professeur nous a demandé de prendre nos livres d’anglais. C’est en me tournant vers mon sac que quelque chose attira mon attention.

Je vis un important courant d’eau coulant droit vers nous. Je me suis figée. Je me suis rappelée mon père qui sinquiétait des dernières inondations dans notre région et j’ai vite réalisé ce qui était en train de se passer. Je ne pouvais plus respirer. Je me suis retournée pour voir mes camarades de classe, mais ils étaient déjà tous partis. Mon coeur battait fort dans ma poitrine. Les inondations étaient arrivées dans ma ville. En montant dans un arbre, je pouvais voir les gens qui courraient pour sauver leurs vies. Je me suis mise à pleurer en voyant mon sac, emporté par les flots.

Je ne me souviens plus qui m’a fait descendre et comment je suis arrivée au camp. Quand j’ai repris mes esprits, j’ai tenté de retrouver mes parents. Tout avait disparu. En marchant dans les camps, j’ai aperçu ma mère en train de ranger les objets que les inondations avaient bien voulu lui laisser. J’ai couru vers elle. Elle s’est mise à pleurer et m’a dit que nous quittions la ville pour aller vers une zone plus “sûre”. Je pouvais voir mon frère, assis en boule là où mon père était assis en tenant sa tête dans ses mains.

Le trajet du camp jusqu’à la zone “sûre” n’est qu’un vague souvenir. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour ne pas entendre les bruits des pleurs et des râles. Nous sommes arrivés chez notre famille. En me rendant compte de la réalité, les larmes comencèrent à couler sur mes joues. Je savais que j’avais de la chance d’être arrivée là en vie, mais le fait de ne pas pouvoir continuer d’aller à l’école laissait un énorme vide en moi. J’ai travaillé pendant des mois comme baby sitter pour une famille riche qui m’a bien traité, mais à chaque fois que je voyais des enfants aller à l’école, mon coeur se serrait.       

Lorsque mon employeur offrit à ma mère de payer pour mes frais de scolarité, j’ai pensé que c’était une blague. C’était trop beau pour être vrai et c’était contraire à ce que j’ai appris dans la vie que je menais avant, c’était injuste. Aujourd’hui, je me considère comme un bel exemple de comment l’éducation forme nos vies. On peut facilement trouver des millions d’enfants beaucoup moins chanceux que moi. J’ai pu faire l’éxperience de l’éducation en situations d’urgence et c’est pour cela que je me considère comme la plus chanceuse des survivantes.                         


Catégorie d’âge: 18 ans et plus
Ivy Kimtai, âge 21, Kenya

Ivy effectue actuellement un Bachelor in arts en art théatral et technologie du film. Elle souhaite poursuivre sa carrière en écrivant et en réalisant des films. Elle écrit pour le magazine de son école. Ses loisirs sont la lecture et l’écriture ainsi que les voyages et le tourisme.

Depuis toute petite, j’ai toujours su que si je voulais avoir du succès dans ma vie, je devais aller à l’école. Je viens d’un petit village au Kenya, dans la région de Mount Elgon. Je savais que pour conduire une voiture, je devais aller à l’école parce que l’on me disait que toute personne qui arrivait au village en voiture avait été à l’école. Je voulais pouvoir revenir au village en conduisant un jour et avoir tous les petits enfants en ligne sur le bord de la route pour m’accueillir, et pouvoir leur offrir des bonbons. L’éducation avait de l’importance pour moi, à ma manière.

J’ai été scolarisée dans une “académie” à Mount Elgon pour mon certificat d’études primaires. Quand j’étais dans ma dernière année, (standard 8), la région du Mount Elgon a souffert des troubles civiles et politiques. J’avais la chance d’être dans un internat mais mes amis qui étaient externes ne pouvaient pas toujours venir en classe à cause de l’insécurité et de la peur qui figeait la région. Les forces rebelles connues comme Sabaot Land Defence Forces (S.L.D.F) terrorisaient Mount Elgon. Leur principal motif pour attaquer étant une dispute de terres. Ils étaient sans pitié; ils n’épargaient aucune vie, même pas celles des animaux. Leurs tactiques étaient impitoyables; ils coupaient les oreilles des gens, leur amputaient les jambes, ils représentaient une vraie menace. Je me souviens des professeurs parlant à voix basses,dans la salle des professeurs qui parlaient de la gravité de la situation. J’ai entendu comment l’un d’entre eux a vu sa famille être abattue, caché dans un buisson, sans rien pouvoir faire. Je me souviens l’entendre pleurer tant il se sentait impuissant. L’école était le seul endroit sûr parce que les soldats Kenyans l’entouraient.

Les enfants ont arrêté de venir à l’école. Mon meilleur ami a manqué l’école plus d’une semaine, j’en étais malade d’inquiétude. C’était le seul qui pouvait me dire comment allait ma famille. J’étais inquiète pour lui, pour sa famille et pour mon village. Les examens approchaient. La plupart des professeurs vivaient à l’école et comme la plupart des élèves de ma section étaient internes, nous avons pu continuer les révisions pour les examens.

Les professeurs nous disaient que la vie devait continuer, que cela nous donnait encore plus de raisons d’étudier, que l’éducation serait notre unique sortie. Nous avons peiné à travailler au son des coups de feu, à la vue des huttes qui partaient en flammes dans les villages voisins. Nous pleurions en priant pour les vies de nos familles tous les soirs, soirées que nous passions cachées sous nos lits. Nous vivions dans la peur, les hululements des chouettes et les coups de feu étaient pires et plus forts la nuit. Comme nous ne pouvions pas sortir pour utiliser les latrines, nous avions un seau dans le dortoir, son odeur était bien meilleure que l’odeur de la mort et du sang frais qui rôdait dans l’air de la nuit.                                                         

Un des jours les plus noirs, fut le jour où l’on nous appris la mort de notre professeur de Kiswahili. L’atmosphère était tendue à l’école. C’était un homme bien. Je m’en souviens, c’était un vendredi. Nous avons levé le drapeau, tristes, nous avons chanté l’hymne national. Nous avions appris la rumeur de son décès et attendions la confirmation du chef d’établissement en ésperant qu’il ne s’agisse que d’une rumeur. Sa famille avait été attaquée la nuit d’avant et comme le groupe de rebelles cherchait toujours les hommes des foyers, il s’était caché dans le plafond; ils l’ont trouvé et lui ont tiré dessus alors que sa femme et ses enfants regardaient. Nous avons pleuré en silence.                                   

L’éducation nous a sauvé la vie. Si nous n’avions pas été à l’école, la plupart d’entre nous aurions perdu la vie, ou pire encore, nous serions devenus enfants soldats. L’éducation était la seule façon d’échapper à cette menace. Nous devions faire savoir dans la région qu’il y avait de meilleures solutions au conflit que par la guerre. Nous allions enseigner dans la région que les terres ne sont pas les seuls biens que l’on peut posséder. Les lumières du dortoir devaient être éteintes la nuit afin de ne pas attirer l’attention sur nous, à l’exception des lumières de sécurité dehors. Chaque nuit, jusqu’au petit matin, nous nous serrions près de la fenêtre pour lire à la lueur des lumières. Tu avais de la chance si ton lit était près d’une fenêtre. Tu te faisais plus d’amis. On te faisait plus de faveurs. On te donnait plus de pain au goûter le jour suivant.

Le fait d’être à l’école nous garantissait nos repas et de l’eau. La nourriture était une denrée rare pendant cette période. Mount Elgon est une région de terres fertiles donc la plupart de la production alimentaire vient des fermes. Les rebelles les avaient brulées de façon à paralyser le village. La seule nourriture disponible était le maïs sec qui avait besoin d’être emmené au moulin pour être moulu, mais les moulins étaient tous fermés pour des raisons de sécurité. Tous les magasins étaient fermés, s’ils n’avaient pas été pillés par les rebelles. Donc contrairement au reste du village, malgrè la pénurie alimentaire, nous pouvions toujours avoir trois repas par jour et boire de l’eau propre.

La plupart des jeunes filles ont été violées et très marquées psychologiquement, des blessures qui sont incurables. Beaucoup de femmes et de jeunes femmes ont été abusées sexuellement, contaminées par le VIH et/ou se sont retrouvées enceintes. Pour nous autres, le fait d’être à l’école et de recevoir une éducation nous a permis de sauvegarder notre innocence. Je me souviens que quand les résultats sont arrivés, ce fut la meilleure performance académique de toute l’histoire de notre école. Le gouvernement avait réussi à contenir la situation, je ne sais pas de quelle manière. La plupart d’entre nous avions réussi nos études et pouvions aller dans une école nationale prestigieuse. Je suis allée dans une école nationale.          

Je me souviens de tout cela, comme si c’était hier. Je suis dans ma dernière année universitaire. C’est l’éducation, l’enseignement qui m’a menée ici, jusqu’à ce que je puisse m’acheter une voiture, rouler jusqu’à mon village, voir les enfants en ligne sur le bord de la route et pouvoir leur donner des bonbons. Je n’y suis pas encore.